CONTRIBUTION: Vers une démocratie post-électorale

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Pierre Rosanvallon, historien des idées et professeur au Collège de France

« Si le populisme est à l’ordre du jour, c’est parce que la démocratie ne tient pas ses promesses. Nous assistons au déclin de la performance démocratique de l’élection, qui est moins qu’avant capable de légitimer les pouvoirs issus des urnes. La classe politique s’est coupée de la société. Elle a pris le visage d’une partitocratie ou d’une oligarchie gouvernante, et les citoyens ont le sentiment de ne plus être écoutés, et encore moins représentés, d’être délaissés en matière économique et sociale. L’actualité du populisme c’est l’actualité d’une fatigue démocratique, c’est l’ombre noire des dysfonctionnements démocratiques. »

En Europe et aux États-Unis cela se traduit par la montée de l’extrême droite, de la xénophobie, du racisme et de l’antisémitisme. En Afrique ou nous sommes souvent face à des régimes autoritaires, où l’espace civique et l’espace des libertés se restreignent comme peau de chagrin, la situation est pire avec l’avènement des coups d’Etat civils avec les réformes constitutionnelles déconsolidantes et les fraudes électorales.

Le résultat est dramatique pour la jeunesse qui fuient le continent par la mer méditerranée devenue un cimetière marin, par le désert et Ceuta. Cette jeunesse africaine embrigadée dans le djihadisme armé avec Boko Haram ou Aqmi. Mais celle qui résiste avec mille et une difficulté, la plupart afrocentriste avec des références puisées dans le passé (Cheikh Anta, Sankara, Mandela et j’en passe).

Mais la pire des choses qui nous arrivent c’est l’arrivée au pouvoir de gens sans ambitions pour le pays, sans vision, sans culture d’Etat avec comme viatique le patromonialisme ou la politique du ventre.

Le résultat c’est la faiblesse croissante des Etats et des institutions. D’Etats incapables d’éduquer, de soigner, de nourrir et d’assurer la sécurité des personnes. D’Etats menacés d’effondrement ou faillis. La géopolitique de l’Afrique de l’Ouest et du Centre présente des motifs de sérieuses préoccupations. Les citoyens africains, la classe politique et la société civile devraient se pencher sur le sort du continent.

Alioune Tine Directeur régional Amnesty International Afrique de l’ouest et du centre

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