RESTAURATION DE LA FORET CLASSEE DE KAFFRINE: Les femmes au cœur du processus

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Les zones semi-arides des pays en développement sont particulièrement exposées et vulnérables aux impacts du changement climatique. Dans le département de Kaffrine le phénomène emprunte des contours dramatiques avec une dégradation accrue des 5 forêts classées de la région. Face à la situation, le programme Décentralisation des Fonds Climat mobilise les femmes autour d’un projet dénommé « Restauration de la Forêt Classée de Kaffrine ». Dans les localités de Diogo et de Sikilo, les femmes forestières ont combiné les variétés fruitières et forestières pour enclencher un développement durable. 

Kaffrine est le premier département agricole du Sénégal en termes d’agriculture pluviale. Il appartient à la zone du bassin arachidier et se situe au Centre-Est du pays. Cinq forêts classées et deux réserves sylvopastorales sont dénombrés dans le département qui subit hélas les assauts répétitifs des changements climatiques combinés à l’œuvre humaine qui consiste souvent à détruire la nature pour satisfaire certains besoins. Dans la commune de Kahi qui compte 32 villages avec une population de 22.000 Habitants, la mise en œuvre de la nouvelle politique forestière du Sénégal impliquant les populations locales dans la réhabilitation du domaine classé est une réalité. Aux villages de Sikilo et de Diogo,  les femmes sont à pieds d’œuvre pour la réhabilitation de 12 ha 500 a du domaine classé, aidées en cela par l’Association des femmes forestières de Kaffrine. Le projet dénommé « Restauration de la Forêt Classée de Kaffrine » a nécessité un financement de 10.823.000 Fcfa pour une durée de 21 mois du programme Décentralisation des Fonds Climat (DFC). Les plantes poussent et les populations portent beaucoup d’espoirs sur cette combinaison de variétés fruitières et forestières pour impulser un développement durable.

L’association des femmes forestières de Kafrine dispose d’une expérience avérée dans la réalisation de production de plants et de reboisement. Des activités qu’elle exerce depuis 2004 pour régénérer les forêts classées de la région, informe la présidente Fily Traoré. Les actions de reboisement menées dans les villages de Diogo et de Sikilo combinent des plants forestiers et fruitiers. « Les deux plants ont plusieurs rôles similaires mais les arbres fruitiers disposent d’un autre avantage lié aux fruits qu’ils produisent et qui apportent le développement durable », poursuit Fily Traoré. L’expérience a porté ses fruits dans une partie de la forêt classée où les populations ont confié avoir des revenus issus de la vente des fruits sauvages comme le jujube.

Les résultats pourraient être plus considérables car avec l’expérience acquise les femmes forestières, en rapport avec les populations autochtones des villages de Diogo et Sikilo, entendent répliquer le modèle de reboisement similaire à travers le projet « Restauration de la Forêt Classée de Kaffrine ». Un projet en parfaite harmonie avec les orientations politiques nationales et locales dans le domaine de la gestion des ressources naturelles et des changements climatiques.

Le projet participera également à développer chez les populations une résilience comme l’explique Bousso Fall, femme forestière au village de Sikilo « les plantes vont être bénéfiques aux villages. Nos familles pourront vivre des fruits de nos plantations. Lorsque les plantes fruitières seront mûres, nous pourrons en vendre et en manger ». Même son de cloche chez Lala Touré, femme forestière à Diogo qui trouve la pertinence du projet à travers l’existence prochaine de fourrage en abondance pour nourrir le bétail.

Organisation des acteurs et objectifs

Au total, trois Gie de l’Union nationale des exploitants forestiers du Sénégal composent l’Association des femmes forestières de Kaffrine. Il s’agit des Gie « Sopp Garab » composé de 24 membres, « Fass Diom » avec 15 membres et « And Jubbo Dekali Alla-bi » avec 21 membres. Avec ses  60 (soixante) membres actifs, l’association s’active principalement dans la production de plants, le reboisem-ent, la protection des plantations et l’exploitation des produits forestiers ligneux et non ligneux. En plus d’une expérience de 13 années des femmes forestières et d’une bonne organisation, le projet dispose de plusieurs atouts dont la proximité du lieu d’intervention (1km), une bonne entente entre les femmes et les services  chargés de la gestion des ressources naturelles et des collectivités locales.

Le projet vise comme objectifs spécifiques, le reboisement de « 12 ha 500a dans la forêt classée de Kaffrine. Il s’agit également de l’ouverture de 15 km de pare-feu nus périphériques et centraux dans le massif. Aussi de contribuer à l’approvisionnement des ménages en produits forestiers ligneux (combustibles, bois de service) et non ligneux comme les produits de cueillette, etc.

Les activités de mise en œuvre du projet

Différentes activités ont déjà été menées dans le cadre du projet dans les villages de Diogo et de Sikilo. Après la signature du protocole de contrats, il s’est agi selon Néné Gallé Diallo, femme forestière du Gie « Fass Diom », de la production de plants intrants, de l’entretien des pépinières, de la délimitation de terrains, de l’acquisition et de la pose de clôture, piquetage, Trouaison. Ensuite, poursuit Néné Gallé Diallo, de l’acquisition de produits phyto, de la plantation, de la réalisation de pare-feux, du regarnis, du désherbage, de l’achat d’équipements pour l’Association des femmes forestières, de l’achat d’une charrette pour le transport des femmes et des intrants dans le cadre de la mise en œuvre du projet. Les populations des villages riverains sont impliquées dans la mise en œuvre et le suivi. L’Association des femmes forestières a déjà effectué des visites d’informations et de sensibilisations dans les villages de Sikilo et de Diogo, directement impliqués dans la mise en œuvre. Elle continue de suivre des formations en dynamique organisation.

Cette mise en œuvre du projet va impacter aussi bien sur des bénéficiaires directs  qu’indirects. La population des villages riverains de la forêt classée de Kaffrine estimée à 6000 âmes sera directement bénéficiaire. Il s’agit entre autres des villages de Diogo, Sikilo, Médina Niass, Médina Mounawara, Pété, Touba Keur Cheikh. Des populations qui tirent plusieurs revenus de la commercialisation des produits de la cueillette dans la forêt classée de Kaffrine. D’autres retombées sont également liées à la disponibilité du bois mort pour la cuisson. Tous les villages de la commune de Kahi et du département de la commune de Kaffrine pourront également exploiter les produits forestiers ligneux et non ligneux.

Rôles et responsabilités des organes dirigeants du projet

La gouvernance du projet repose sur quatre piliers avec des rôles et responsabilités des acteurs clairement identifiés. Il s’agit du rôle joué par l’Association des femmes forestières dont le bureau exécute le projet et se charge de sa mise en œuvre. Du rôle des villages riverains de la forêt classée qui ont leurs représentants lors des assemblées générales et fournissent la main d’œuvre pour l’exécution du projet. Ils bénéficient aussi des sessions d’informations et de sensibilisations octroyées par les femmes forestières pour mieux appréhender leurs rôles. L’autre pilier sur lequel repose la gouvernance du projet c’est la commune de Kahi dont le rôle est d’assurer la gestion des financements du projet. Les agents municipaux de la commune participent aux réunions de l’assemblée générale, reçoivent les rapports d’activité et participeront au suivi et à l’évaluation des différentes étapes de la mise en œuvre du projet. Le dernier pilier est représenté par les services techniques dont les services des eaux et forêts du département qui apportent un appui technique à la mise en œuvre du projet.

De quelques résultats obtenus

L’exécution des activités du projet « Restauration de la forêt  classée de Kaffrine » a permis le reboisement de 12 ha 500a  et l’ouverture de 15 km de pare-feux.

L’ouverture des pare-feux a beaucoup participé à la réduction significative des feux de brousse. Fily Traoré présidente des femmes forestières témoigne: « Après les reboisements de l’année dernière et la création de pare-feux sur une étendue de 15 km, aucun feu de brousse n’a été enregistré dans les villages de Diogo, de Sikilo et environs. Les villageois ont été donc protégés du drame récurrent des feux de brousse qui détruisent le sol, condamnent les animaux à la disette et affectent l’écosystème ». Avec l’absence de feux de brousse, les fruits forestiers comme le jujube, le pain de singe, le tamarin ont été cueillis. Et cela a servi aux populations. L’absence de feu de brousse est un facteur favorable à la restauration de la forêt.

Un autre résultat lié à la mise en œuvre du projet c’est l’existence d’autres sources de revenus chez les populations bénéficiaires. « Après l’hivernage, hormis quelques-unes d’entre elles qui s’adonnaient au commerce, la plupart des femmes ne faisaient rien, elles n’avaient aucune activité. Elles se sont appropriées le projet et ont pu engranger les gains dès les premières phases du reboisement car elles ont bénéficié, en travaillant elles-mêmes, de l’argent qui devait servir à payer des ouvriers. Cela a permis aux femmes des localités de Diogo et de sikilo d’avoir une nouvelle source de revenus », informe Diadji Ndiaye, chargé de programme à Innovation Environnement et Développement (IED) Kaffrine.

Le reboisement et la régénération naturelle ont permis la reconstitution du couvert végétal. Dans un futur proche, le bétail des villages riverains pourra utiliser le fourrage. Ainsi, la forêt classée de Kaffrine restaurée va renforcer la capacité de résilience des populations avec l’accroissement de leurs possibilités de prise en charge de leur existence.

Les femmes forestières ont pu construire des bassins de rétention d’eau au sein des périmètres de Diogo et de Sikilo, et cela a permis de reconstituer l’écosystème.  Car certaines espèces d’oiseaux qui avaient disparu de la région reviennent autour de ce point d’eau, de même que les lapins sauvages.

La stratégie de mise en œuvre par l’Association des femmes forestières a déjà fait l’objet d’un partage, d’une vulgarisation sur le plan international, avec le sommet de la COP 21 tenu à Paris, en décembre 2015.

Contraintes et défis

La principale contrainte liée au projet de « Restauration de la Forêt Classée de Kaffrine » c’est l’accès à l’eau. Au village de Diogo il n’y a qu’un seul robinet pour toute la population. Les femmes forestières de la localité sont obligées d’acheter l’eau à 15f la bassine. « Il est très difficile de mener à bien les activités de reboisement dans de telles conditions. Surtout que le robinet de Diogo polarise trois villages, Peulga, Wolofga et Mambara », explique la dirigeante des femmes forestières de Diogo, Lala Touré.

Même difficulté dans le périmètre de reboisement de Sikilo aussi liée à l’accès à l’eau. Les femmes disposent certes d’une charrette et d’un âne mais elles sont obligées de payer des bidons d’eau chaque jour pour l’amener au site, soit une distance d’environ 1km.

Le défi majeur que le projet « Restauration de la Forêt Classée de Kaffrine » doit relever reste l’addiction d’eau dans les périmètres reboisés de Diogo et Sikilo, pour un meilleur entretien des plants. De l’avis des femmes forestières, l’abondance d’eau pourrait même permettre aux femmes de faire des activités de maraichage pour mieux soutenir leurs familles.

Pérennisation de l’expérience

L’appropriation du projet « Restauration de la forêt classée de Kaffrine » par les populations des villages environnants de la forêt classée est un important facteur de pérennisation de l’expérience. Aussi, la politique d’autonomisation en semences mise en œuvre par l’association des femmes forestières permettra de mettre en place des pépinières pour poursuivre les actions de reboisement.

Egalement, une appropriation de l’expérience du projet par les collectivités locales impliquerait son inscription dans leur budget. Un appui qui participera à la consolidation des expériences.

infosansfrontieres.com en collaboration avec IED/Afrique

 

 

 

 

 

 

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