13 JUIN JOURNEE MONDIALE DES ALBINOS: Dans l’univers des damnés de la société

0

Les albinos ont la vie dure en Afrique. Noirs nés blancs, à cause de l’absence de mélanine dans leur sang, ils sont estimés à près de 10 500 individus au Sénégal.  Sorcellerie, mysticisme, magie, la vie n’est pas souvent facile pour les personnes vivant avec cet handicap. Appelés vulgairement, « noirs aux yeux rouges », les croyances sur l’albinisme ont la peau dure, malgré les avancées scientifiques.

 Un drame au quotidien

Outre la marginalisation, le rejet et les sacrifices humains dont ils font l’objet au sein de la population, les albinos regrettent l’absence de quelques mesures d’accompagnement à même de leur permettre de survivre face à l’insécurité permanente dans laquelle ils vivent. Un drame quotidien qu’ils estiment vivre du fait des méfaits des rayons solaires sur leur peaux, à cause de l’inaccessibilité des produits pharmaceutiques adaptés comme la crème solaire, les lunettes à loupe, de myope ou simplement de vêtements convenables.

Avec l’Association nationale des albinos du Sénégal (Anas) qui compte 2040 membres,  ils ont décidé de tirer la sonnette d’alarme sur leur drame quotidien.  Mouhamadou Bamba Diop, président de ladite association, a initié avec ses camarades, une rencontre d’information, ce vendredi 3 juin 2016 à Dakar, pour plaider leur cause.

«Plus d’uns pensent que les albinos sont porteurs de pouvoir surnaturel. Mais, ils ne savent certainement pas que l’albinisme existe dans toutes les couches de populations au monde. J’avais dit à la veille des élections, pour alerter, que des gens nous suivaient en 4×4. Les gens pensaient que je cherchais à faire le buzz. Or, cela est vrai. En 2000, un albinos a été tué. Il faut que justice soit faite. Aujourd’hui, il y a des gens qui ont le Sida et qui cherchent à coucher avec un albinos, parce que des charlatans leur ont fait croire que cela avait le pouvoir de les guérir. Il y a des gens qui cherchent le sang, les cheveux ou les ongles, etc des albinos pour des choses mystiques. Ils ont été convaincus, qu’ils pourraient s’enrichir avec. Cela fait qu’aujourd’hui, après mon passage chez le coiffeur, je me donne la peine de ramasser tous mes cheveux et d’aller les enterrer moi–même», note M. Diop, pour montrer combien ses semblables sont stigmatisés et en danger.

 «Un génocide contre les Albinos»

Dans un exposé des faits dont ils sont victimes , le président de l’Anas a lancé un cri de cœur à l’endroit des autorités étatiques du Sénégal, mais aussi à celles d’Afrique. «Le génocide existe aujourd’hui en Afrique contre les albinos. En Côte d’Ivoire, un enfant albinos était tué à sa naissance. Sa dépouille était ensuite brûlée par le féticheur. En Tanzanie, il est arrivé que des couples aillent vendre leur enfant albinos au guérisseur, charlatan ou féticheur pour les sacrifices humains.  Dans ce pays, par jour, on dénombre entre 20  et 60 albinos tués pour des pratiques mystiques. Les pêcheurs, les chercheurs d’or achètent les organes des albinos pour que leurs activités soient fructueuses. Au marché, il n’est pas rare d’ailleurs de voir des organes humains, soit une main soit une jambe d’albinos étalée comme de la marchandise», regrette M. Diop.

Ici au Sénégal, poursuit-il, «on commercialise les cheveux d’albinos. Des guérisseurs et marabout en cherchent. Des jeunes ont échappé à des tentatives d’enlèvement parmi nous. Au Sénégal, il y a des albinos qui sont isolés. Ils sont logés derrière les maisons sur une natte. J’en ai vu un. C’est moi qui lui ai payé le matelas sur lequel il dormait. On l’a isolé là-bas, jusqu’à sa mort. Il a été inhumé avec le matelas. Dans certaines maisons, la personne atteinte d’albinisme ne mange pas avec le reste de la famille. Il est isolé et mange seul».

La misère des enfants Albinos

Autant de misères dont ils sont victimes que Bamba Diop veut dénoncer. C’est pourquoi, il lance un «appel à l’arrêt de ces génocides. Aujourd’hui, il est l’heure de tirer la sonnette d’alarme. Nous réclamons la prise en charge des pathologies qui affectent les albinos. 98% des enfants albinos au Sénégal n’ont pas de prise en charge. Aujourd’hui, un centre dédié aux albinos à Thiès devait prendre en charge tous ces cas, mais faute de moyens, il ne le peut pas. Je rentre de mission, mais il y a eu des moments où j’ai pleuré, en voyant des enfants albinos qui avaient des plaies graves partout, sur la peau. Certains d’entre eux étaient complètement aveugles. Des vêtements adéquats, ils n’en avaient pas. Vivants dans des milieux d’une pauvreté extrême, ils étaient dépourvus d’extrait de naissance».

« Je demande que les couches les plus défavorisées, les albinos en particuliers, bénéficient de ces programmes de soutien. L’Anas n’a même pas les moyens d’aller à la rencontre des albinos. Dans certaines zones, les enfants albinos ne dépassent pas 3 ans», s’insurge-t-il avant de réclamer au nom de ses semblables «un bus de ramassage pour récupérer les enfants albinos. Un bébé albinos, ne voit qu’à partir du 7e ou 8 e mois. A deux ans, il y a un travail qui devrait être fait. Nous avons un centre communautaire, mais il n’a bénéficié d’aucun soutien.  L’albinos a besoin de lunettes de soleil, de crème solaire, de lunettes loupe, des crèmes anti-brûlures qui coutent très cher, de baume à lèvre spéciale, entre autres », dit le président de l’Anas.

Ce dernier, sur un ton triste d’annoncer que «300 cas d’albinos sont là dans les rues à trainer. Ils souffrent de cancer de la peau. Sur les 10 500 albinos recensés seuls 10% ont accès au crème solaire». Un fait qui l’a poussé à plaider «pour un recensement des albinos du Sénégal, la construction de salle de sport, une infirmerie, un cycle complet dans le centre dédié aux albinos. Depuis longtemps, nous courons derrière les autorités pour disposer d’un siège à Dakar pour accueillir nos partenaires. Nous comptons nous battre pour la cause des albinos jusqu’à notre dernier souffle», conclut M. Diop qui invite les bonnes volontés à les accompagner. A ce propos, il annonce que l’Anas va célébrer, le 13 juin prochain, la Journée mondiale dédiée à l’albinisme, à Douta Seck.

Avec Setal

Laissez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Ce champ est requis