CONRIBUTION: Dans la tête d’Ousseynou Diop

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J’étais Ousseynou Diop, nouveau bachelier, étudiant en première année de mathématique physique et informatique à l’UCAD. Un beau jour, je suis devenu HUSSIEN, l’homme qui est activement recherché pour avoir souhaité malheur au peuple français suite à la mort des journalistes de Charlie Hebdo, sur facebook. A mon arrestation, je suis devenu Ousseynou Diop, le jeune étudiant coupable d’apologie du terrorisme.

Aujourd’hui, je suis le jeune thiessois originaire d’une modeste famille de Medina Fall qui, jadis promu à un avenir radieux, croupi depuis 4 ans au cap manuel pour un petit commentaire sur Facebook.

Derrière le petit clavier de mon smartphone, j’ai écrit la phrase qui m’a valu 4 ans de malheur. Je ne comprends toujours pas. Tout est allé tellement vite. Je pense être dans un cauchemar dans lequel, depuis 4 ans, j’ai du mal à me réveiller. Sur mon canapé, après un délicieux repas que ma mère avait si bien préparé, je tenais entre mes mains mon téléphone portable, cet appareil qui me reliait avec le reste du monde.  Où doit-il être ce téléphone ? Ce maudit appareil. Maudit soit le jour où je t’ai acquis. Toi qui est à l’origine de tous mes malheurs. Ne pouvais-tu pas t’éteindre au moment où j’écrivais ce message ou quand j’ai voulu cliquer sur publier ? Le réseau ne pouvait-il pas s’envoler comme il le faisait d’habitude jusqu’à ce que l’idée folle de souhaiter la mort à des citoyens français ne disparaisse et ne laisse place à une autre dans mon esprit ? J’ignorais que la frontière entre la lumière et les ténèbres était si étroite. Je ne pouvais imaginer comment le passage de la quiétude à l’effroi ne pouvait tenir qu’à un seul fil. Qui aurait cru qu’au petit trébuchement, qu’au moindre écart de langage, une vie pouvait se retrouver chamboulée de la sorte ?

Ma vie, mes espoirs, mes ambitions,  mes rêves,  tout s’est soudainement écroulé comme un château de carte.

Je suis là, coincé avec des voleurs, des violeurs, des trafiquants de tout genre, des meurtriers. Mon crime est-il aussi abominable que les leurs ? C’est juste un petit commentaire bon sang. D’ailleurs à qui cela a t il fait du mal autant qu’à moi-même ? Les victimes de ma médisance ne l’auront certainement jamais remarqué si tout le monde avait fait fi de ce commentaire stupide.

Ah ! A quoi bon me lamenter ? Le coup est déjà parti, je suis là présentement au Cap Manuel, traité comme un criminel. Ah ! Si demain au petit matin on m’annonçait que la lettre que j’avais adressée aux autorités, avait un retour favorable, je serai enfin libre.

Cela ne doit pas être si compliqué pour eux qui ont fait des études si poussées, père et mère de famille de surcroit, de savoir que ce genre d’erreur peut être commise par n’importe quel jeune de mon âge. Peut-être qu’ils veulent faire de moi un exemple pour dissuader les autres jeunes d’écrire n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Peut-être que même, je me perds la tête pour rien, probablement ils n’ont jamais eu vent de ma lettre.

Je suis en prison depuis 4 ans en laissant mes parents dans un désarroi que je vois dans les yeux de ma maman Aminata Sall à chaque fois qu’elle vient me voir en prison. Parvient-elle à dormir la nuit ? Pleure-t-elle à chaque fois qu’elle voit mes anciens camarades de classe revenir de l’université ? Souffre-t-elle avec ses amis de ma condition ? Voilà tant de questions qui me tourmentent l’esprit à l’intérieur de ces 4 murs.

Paradoxalement, dans cette prison surpeuplée, où règne une effervescence particulière, je me sens triste et seul. L’espoir de recouvrer un jour ma liberté me pousse à m’imaginer des scenarios dignes d’un film. Comme l’autre fois ou je rêvais que dans mon ancienne classe, qu’il y eut une camarade, fille d’un magistrat ou d’un juge qui aurait remarqué mon absence et qui puisse plaider ma cause auprès de son père afin que je puisse être enfin jugé. L’autre jour aussi, je m’imaginais que le président de la république Macky Sall puisse, au cours d’un diner avec sa famille et entourer de ses enfants, se rappeler de ma lettre, se mettre à la place de mon père, et se dire qu’après tout il a l’âge de mon fils. Et puis un petit texte, une empreinte de cachet, un coup de signature, un papier de rien du tout, et ça sera la fin de mon cauchemar de 4 longues années qui n’a que trop durée…

Par Baye Mamadou Laye Diagne

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