SECURITE ALIMENTAIRE: De la nécessité de revoir les méthodes de l’agro-industrie en Afrique

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Ils sont venus de presque tous les coins du globe avec un seul dessein: parvenir à une souveraineté alimentaire en Afrique. « Consommons ce que nous produisons », ont-ils chanté en chœur dans une salle archicomble d’un hôtel de la station balnéaire de Saly portudal, petite côte sénégalaise (85km de Dakar). Après la première édition en Ethiopie en 2016, cette deuxième conférence sur le système alimentaire mondial a choisi le Sénégal pour sensibiliser sur la contre productivité de l’agro-industrie et la nécessité d’adopter définitivement une politique agricole basée sur l’agro écologie.

C’est le représentant du ministère de l’Agriculture du Sénégal qui a le premier poussé le vent de révolte: « C’est une injure à notre souveraineté, le Sénégal  a suffisamment de terre et d’eau mais il attend son Thiébou Dieune (plat national) de l’Asie », a-t-il lancé  devant un public concentré.

Puis, dans la même lancée, la présidente du mouvement ‘’Nous sommes la solution’’, Mariama Sonko a déclaré que l’agro-industrie est une autre forme de colonisation parce qu’elle a été imposée par les bailleurs aux gouvernements africains. En Casamance où elle officie, Mariama Sonko informe que les populations sont toujours cramponnées à leur culture et pratiquent l’agro- écologie.

A leur suite, chercheurs et membres d’Ong se sont relayé, estimant tous que le moment est venu de repenser la politique du système agricole fortement dominée par l’agro-industrie. La conférence a été organisée par l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA), l’Initiative Agriculture Ecologique et Biologique (EOA-I), AfrONet, IFOAM – Organics International et autres. Organisations et chercheurs venus des quatre coins du monde, ont d’emblée abordé la recherche de voies et moyens pour instaurer des politiques agricoles naturelles. L’agro-industrie expose les ressources naturelles, l’agriculture, la santé, l’accès à l’eau, à de réels dangers.

La rencontre de trois jours s’est intéressée sur l’avenir des systèmes alimentaires en Afrique et a cherché les liens entre la production alimentaire, la nutrition et la santé. Sur le thème « les systèmes alimentaires africains et les ODD » , elle a exploré la complexité, la diversité et la valeur nutritionnelle des systèmes alimentaires africains avant de lancer un plan d’action et une déclaration sur le changement pour de meilleurs systèmes alimentaires destinés au grand public et aux organes décisionnels, notamment l’Union africaine et les Communautés économiques régionales.

L’urbanisation galopante en Afrique a été indexée et ses défis fixés. Une urbanisation largement traduite par l’augmentation des bidonvilles, ce qui a accentué la pauvreté et les inégalités. Les migrants des zones rurales étant souvent peu instruits et peu qualifiés, finissent dans le secteur informel, qui représente 93% de tous les nouveaux emplois et 61% de l’emploi urbain en Afrique. De nombreux migrants deviennent locataires auprès de propriétaires de taudis parce que les revenus dans le secteur informel sont par nature bas et irréguliers. Dès lors, ils se retrouvent dans l’obligation d’utiliser des aliments bon marché qui les exposent à des carences  nutritionnelles.

L’autre défi de l’urbanisation rapide de l’Afrique est la pression croissante sur les ressources naturelles et l’environnement. Le développement des villes passe généralement par la destruction des forêts et autres environnements naturels ou écosystèmes. Ce qui cause une pollution croissante (en particulier la pollution de l’air et de l’eau) ainsi que des maladies connexes.

Contrôler les ressources naturelles et les facteurs de production

Amadou Kanouté, président de l’Institut panafricain de recherche, de formation et d’action pour la Citoyenneté, la Consommation et le Développement en Afrique (CICODEV) en a profité pour expliquer toute la difficulté des paysans à contenir la l’agro-industrie qui n’offre aucune garantie sur la production et sur l’alimentation.

« Est-il pertinent d’adopter un système agricole dans lequel on fait recours à des intrants chimiques avec des méthodes agriculturales extrêmement intensives et capitalistes ?» S’est-il demandé. Amadou Kanouté de soutenir « qu’il nous faut des systèmes qui reposent sur le respect de la nature, sur le respect des sols et sur les techniques des connaissances des paysans qui les maitrisent depuis plusieurs années et qui peuvent s’exprimer à travers la recherche ».

Les acteurs se sont tous accordés sur l’importance d’obtenir une souveraineté alimentaire qui passe inéluctablement par un contrôle des ressources naturelles et des facteurs de production. Un défi que les dirigeants du continent doivent relever en stoppant les dégâts causés par l’accaparement des terres et en mettant à la disposition des paysans des intrants naturels de qualité.

La facilitation de la conférence s’est faite par des moyens artistiques. L’art étant un facteur de cohésion sociale et de développement humain, les décideurs, en tant que facilitateurs du changement ont montré les multiples possibilités, à travers une démarche artistique, capables d’orienter le changement de comportement social de manière positive et pousser les gens vers un avenir meilleur.

Infosansfrontieres.com

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