CHRONIQUE: La Longue Marche de la Démocratie Sénégalaise

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Le quatre avril 1960, à Paris, la négociation franco-malienne aboutit  à la signature d’un accord/cadre qui permet la création officielle de la fédération du Mali (regroupant le Soudan français et le Sénégal).Cette date du quatre avril sera conservée par la République du Sénégal comme date de célébration de la fête nationale marquant l’accession à la souveraineté.

Après  l’éclatement de la fédération du Mali le 20 aout  1960, Léopold Sedar Senghor est élu premier président de la République du Sénégal par un Collège  électoral  siégeant en séance de nuit, le 5 septembre 1960, à l’Assemblée Nationale. Son colistier du Palais Bourbon, Mamadou  Dia restant président du Conseil de Gouvernement (il est réélu quelques jours après Senghor, par l’assemblée territoriale du Sénégal) : fait  rarissime  en Afrique où  le pouvoir suprême est entre les mains d’une seule personne. On se trouve ici  dans un cas  particulier de bicéphalisme  sous le contrôle de l’Union progressiste Sénégalaise-UPS, véritable conglomérat de partis.

Ce bicéphalisme unique en Afrique ne va pas résister dans  la gestion de l’Etat entre deux hommes que beaucoup de choses opposaient sur le plan de la vision, sur l’orientation à donner à la coopération avec l’extérieur…  L’expression Politique, Social et Économique se fait à l’intérieur du Parti.

L’opposition n’est pratiquement pas tolérée et   surtout les mouvements de la gauche dite révolutionnaire  à l’instar du Parti Africain de l’Indépendance(PAI). D’ailleurs les leaders de ce mouvement paient chers leur activisme. Il en est de même pour les syndicats dont l’existence est effective mais leurs actions ne sont pas toujours visibles : en réalité dans l’optique du pouvoir l’heure est au travail en unité d’action et non en revendications, même justes.

Très rapidement un conflit va éclater  entre Senghor et Dia, divisant le Parti et l’Armée .Les partisans de Senghor déposent une  mémorable  motion de censure contre le gouvernement Dia par l’entremise  du député  Théophile James. Le vote de cette motion, le 17 décembre  1962, conduit le Pays au bord du gouffre. Senghor  réussi cependant  à retourner les événements en sa faveur  et fait arrêter  le Président Dia et les ministres et hauts fonctionnaires qui lui sont favorables.

A la fin de ce compagnonnage qui avait débuté vers la fin des années quarante,   Senghor devenu seul maitre à bord institue un régime présidentiel très fort.  Le 1er décembre  1963 il est réélu   président de la République pour cinq ans, lors  de la première   élection au suffrage universel organisée par l’État du Sénégal. Il était candidat unique. Pendant les années qui vont suivre de 1963 à 1966 on assiste à une limitation de l’expression démocratique. Du reste le Parti du regroupement Africain (PRA-Sénégal) de  Makhtar Mbow  et Assane seck est phagocyté  par l’Union Progressiste Sénégalaise(UPS)…Et en  1967 suite à l’attentat manqué de la Tabaski, contre Senghor, tous les diaistes encore libres vont connaitre la vie carcérale à Kédougou  ou ailleurs .Ce sera ensuite le clash de mai 1968.

Les contres coups de la révolution déclenchée en France ont des  échos au  Sénégal avec des secousses terribles dans le monde estudiantin et dans celui du travail. Le régime en place accuse le coup, chancelle mais ne rompt  pas.

Puis les moments de surprises dépassés, le Président  Senghor   réagit  très fort. Il retourne les Syndicalistes flottants ; dissout l’Union nationale des travailleurs du Sénégal (UNTS) et oblige ses dirigeants à  l’instar de Madia Diop à  prendre le chemin de l’exil. Ensuite il  envisage  de déconcentrer son Pouvoir par la création d’un Poste de Premier ministre. Cette  fonction qui a moins d’attributions  que celle de Président du Conseil, sera confiée  à   Abdou Diouf, alors ministre du plan et de la Coopération, en  février 1970.

Quelques années plus tard en 1976 le Parti de Senghor adhère  à l’Internationale Socialiste sous le sigle de PS (Parti Socialiste du Sénégal).  A la même  période  la loi des trois courants est votée  par l’Assemblée Nationale limitant  ainsi le multipartisme : Le courant socialiste est dévolu au Parti de Senghor, celui de libéral à la formation de Wade, créé  le 31 juillet 1974, qui au départ s’était défini comme travailliste, donc socialiste ; et le courant Communiste à Majmout Diop et ses Camarades du Parti Africain de l’indépendance . . . puis des quatre courant qui confère l’étiquette Conservateur au Parti de Maitre Boubacar Gueye.

On assiste par la suite  à une élection présidentielle  inédite en février 1978.

En effet pour la première fois  le Candidat Léopold Sedar Senghor se trouve  confronté  à un adversaire de taille en la personne de Maitre Abdoulaye Wade. La campagne électorale permis de faire connaitre un jeune cadre politique, directeur du staff de Wade, un certain Idrissa Seck.

Toujours dans l’année  charnière 1976, l’Article 35 qui permet au Premier Ministre de poursuivre le mandat du Président de la République en cours, en cas d’empêchement  ou de démission, est  votée. Il va  bénéficier à Abdou Diouf en 1980.

Il prend le relais le 1er janvier 1981 et promet l’élargissement  de l’expression démocratique .Ce sera fait avec la possibilité pour tout sénégalais de créer un parti sans restriction (loi du 6 mai 1981). A ce propos  le « Slogan » de Diouf est simple et précis : « diaka dja ngi  ku meun ne ndood – les portes de la mosquée sont largement ouvertes  et tous ceux qui s’en sentent capables  peuvent venir lancer leur message ».

Ce sera aussi le début de relations parfois  heurtées, parfois adoucies  entre Abdou Diouf et Abdoulaye Wade  jusqu’au mois de mars  2000 : avec comme  point de mire les événements de février  1988 et de mai 1993 en particulier  l’assassinat de Maitre Babacar Seye, membre du Conseil constitutionnel…

De  graves crises internes au Parti Socialiste  vont conduire au départ de deux poids lourds, Djibo Layti Ka et Moustapha Niasse (qui en 2000 va s’allier à Wade)… On aura vecu, entre temps, les deux participations  du Secrétaire Général du Pds, Maitre  Abdoulaye Wade et de ses camarades au Gouvernement de majorité élargie.

En mars 2000   le Parti démocratique Sénégalais   inflige une raclée mémorable  à la mouvance  Socialiste  et ses alliées : c’est une date  importante dans l’histoire politique du Sénégal parce qu’elle marque  la première  Alternance au sommet de l’État par le biais d’une élection libre au suffrage universelle, suite à l’adoption d’un Code électoral consensuel.

Mais on ne peut passer sous silence le rôle ô combien important de l’Armée  dans  l’évolution du processus démocratique. En réalité pendant qu’ailleurs les militaires prennent le pouvoir, ici les Chefs  et hauts gradés, au nom de la jonction Armée /Nation, participent  pleinement à la gestion démocratique.

 

Citons  quelques uns parmi  ces grands  Chefs qui ont marqués  de leur empreinte indélébile le chemin qui mène  vers l’idéal démocratique  : le     Général Mamadou Niang, Président  de l’ONEL  ( organisateur  des élections en 2000  qui a été remplacé ensuite  par la CNI). Il a été  ministre de l’Intérieur dans les Gouvernements de Wade ; le Général Mamadou Lamine Cissé, ancien Chef D’État  major Général  des forces Armées (CEMGA), ministre de l’Intérieur  en mars 2000 au moment de la première  Alternance…

Les Socialistes sont donc  remplacés par les libéraux, et on assiste à une nouvelle gestion de la question Politique. Maitre Abdoulaye Wade en bon père de famille distribue les rôles selon sa vision et son humeur du moment. Alors chacun se met  à rêver de pouvoir un jour accéder à un haut poste…

Sur le plan de l’avancé démocratique Wade fait la promotion de plusieurs jeunes leaders et les envoie au feu à  l’Assemblée nationale et dans le Gouvernement .Dans le même temps il ignore l’opposition et la considère  comme une portion congrue .Il fait aussi voter des lois qui ont pour objectifs de pérenniser son régime.

Mais il sembla en faire  un peu trop si bien que le Peuple se souleva  pour lui demander de revoir sa copie, surtout que certains disaient  qu’il travaillait pour se faire remplacer par son Fils Karim. Il faut dire aussi  que le point d’orgue du mandat de Wade a été sa confrontation  permanente avec Idrissa Seck, comme dans un psychodrame romain.

Après  plus d’une dizaine d’années au pouvoir, le président  Abdoulaye Wade  a l’idée de mettre en pole –position son fils Karim, avec l’objectif  de l’installer  à la tête du pays.  Mais ce projet avorte parce que le 23 juin 2011 le peuple sénégalais dans  sa majorité  dit non au projet de ticket présidentiel proposé par le Président Wade. En réalité tout le monde avait compris que c’était une manière de favoriser  son « programme’’ de dévolution monarchique du pouvoir.

Durant des mois le quotidien des sénégalais se conjuguait au temps des manifestations de rue et de l’odeur acre des lacrymogènes. Sur ces entrefaites arriva l’échéance du mandat présidentiel de Wade dans le tumulte d’une impossibilité pour le Président sortant d’avoir un troisième mandat.

Le 26 mars 2012, malgré les grandes réalisations en particulier dans le domaine des infrastructures routières, Wade  et son parti sont battus à plate couture par Macky Sall  un de ses anciens collaborateurs.

 

Macky Sall qui avait été exclu  du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) en 2008  et qui  avait créé avec d’autres patriotes «  l’Alliance pour la République/APR-YAKAAR, se présenta comme l’out- sider le plus sérieux  de Ablaye Wade. Cela se confirma le 25 mars 2012 avec une éclatante victoire du Candidat Sall supporté par plus de 65% des votants. C’était le début de la seconde Alternance.

Le programme«  yonnu yokute’’ venait de franchir la ligne blanche de l’arrivée avec la promesse d’une gouvernance sobre, vertueuse et efficace. Ces promesses de campagne devaient conduire le Sénégal vers l’émergence en répondant aux attentes du peuple sénégalais.

La prochaine chronique va s’atteler à faire un bilan froid du mandat de Macky Sall qui  tire à  sa fin. Rappelons qu’il était  prévu d’abord pour cinq ans et puis on est  retourné à la situation  de sept ans.

 

Demba Marie SY   sydembamariesy@yahoo.fr

 

 

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