Une fatwa historique de l’université Al-Azhar contre les mariages précoces

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Dakar a accueilli cette semaine le premier sommet africain consacré aux mutilations génitales féminines et au mariage précoce. À l’issue de ce colloque, l’université Al-Azhar, basée au Caire, a prononcé une fatwa historique contre les mariages d’enfants.

Plus de 500 membres d’ONG, d’associations de victimes, d’institutions internationales et de responsables gouvernementaux originaires de 25 pays, majoritairement africains, ont participé à Dakar, entre le 16 et le 18 juin, au premier sommet africain contre les mutilations génitales féminines et les mariages d’enfant.

Tous ont répondu à cette occasion à l’invitation des gouvernements sénégalais et gambien ainsi que de l’ONG Safe Hands For Girls, fondée il y a six ans par une jeune Gambienne, Jaha Dukureh, pour attirer l’attention sur ces enjeux majeurs dans de nombreux pays africains.

Les leaders religieux aux avant-gardes de la lutte

« Nous pensons qu’il est possible d’éradiquer les mutilations génitales féminines et les mariages d’enfant d’ici à 2030, souligne la présidente de Safe Hands for Girls, elle-même survivante et ayant permis l’interdiction de ces pratiques en Gambie en 2015. Ce sera possible si nous parvenons à sensibiliser suffisamment les populations sans laisser personne en dehors. Il est très important que cette campagne soit menée par des jeunes et que les leaders religieux jouent un rôle central pour leur élimination ».

Insistant particulièrement sur « l’importance du dialogue au sein des communautés religieuses », le colloque a invité les chefs religieux et traditionnels à s’impliquer davantage pour « combattre les idées reçues », les communautés justifiant ces pratiques par des arguments religieux pourtant non fondés. Un message qui semble avoir été entendu.

Lors du discours de clôture, l’un des dirigeants de l’université Al-Azhar du Caire (Égypte), plus grande institution islamique d’enseignement internationale, a prononcé une fatwa contre les mariages précoces, fixant à 18 ans « l’âge minimum de maturité pour les filles et garçons ». Un fait historique : la majorité des pays, dont le Sénégal, fixe en effet jusqu’ici l’âge minimum du mariage chez les filles à 16 ans. En 2006, l’université Al-Azhar avait déjà émis une fatwa contre les mutilations génitales féminines, déclarant que cette coutume n’avait pas de fondement religieux et qu’elle était « un crime contre l’espèce humaine ».

Un changement radical nécessaire

Plus de 200 millions de filles et de femmes dans le monde continuent de subir les effets d’une telle mutilation, consistant à l’ablation partielle ou totale des organes externes de la femme, surtout en Afrique où la coutume reste courante. D’ici à 2030, selon le rapport 2016 de l’Unicef, 50 millions de filles risquent d’être excisées. Cette pratique occasionne douleurs, problèmes de santé et psychologiques, menace la vie des femmes et fillettes et les maintient dans un cycle de pauvreté. Mutilées, 39 % des filles africaines sont également mariées avant leur 18e anniversaire. Et 13 % le sont même avant leur quinzième année, rapporte l’Unicef.

Le sommet a enjoint les États participants à « renforcer l’égalité et l’autonomisation des fillettes », les mutilations génitales féminines et les mariages d’enfant s’avérant être aussi des freins au développement.

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