MARIE HYDARA, FILLE DE DAYDA HYDARA: « Je ne pense pas que le pardon doit être imposé aux victimes ou à leurs familles ».

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Les aveux, devant la commission vérité, réconciliation et réparation, du lieutenant Malick Jatta, un des auteurs présumés du meurtre de son père Dayda Hydara, journaliste gambien assassiné en 2004, ont fait rejaillir en elle, une douleur enfuie depuis 15 ans. Pour Marie Dayda Hydara, le pardon ne doit pas être imposés aux victimes. Dans cet entretien exclusif accordé à www.infosansfrontieres.com , elle avertit que la réconciliation est certes un élément clé du processus, mais elle doit être nationale et non sélective. Entretien.

ISF: Qu’avez-vous ressenti après avoir suivi le témoignage du lieutenant Malick Jatta assumant son rôle dans l’assassinat de votre père le 16 décembre 2004 ?

M-H: Dans notre famille on connaissait le nom de Malick Jatta en tant que tueur de mon père. C’est une information qu’on avait pu recueillir auprès d’anciens junglers en exil qui ont avoué le crime sur Freedom Radio (Ndlr: dirigée par Pa Nderry M’bai cette radio en ligne a été d‘un grand apport à la diaspora gambienne qui pouvait y échanger sur la dictature de Jammeh).

Lorsque j’ai été informée que Malick Jatta devait passer devant la commission, j’ai pensé qu’il serait bien de suivre son intervention, mais je crois que c’était une mauvaise idée… En regardant ce monsieur et en écoutant son témoignage sans la manifestation d’aucun remord sur son visage, j’ai été peinée. Il a déclaré qu’il a empoché des dollars d’une valeur supérieure à 50,000 Dallasi.

Sa déclaration a fait rejaillir en nous toute la douleur de cette nuit fatidique. J’ai regardé avec ma mère son témoignage et nous avons pleuré amèrement, c’était horrible… ce type qui ne connaissait même pas mon père… mais était prêt à lui arracher la vie pour 50 000 Dallasi. Son récit brise le cœur !

ISF: L’objectif d’une  commission vérité et réconciliation est entre autres d’aider les sociétés traumatisées par la violence à faire face à leur passé de façon critique, afin de sortir de leurs crises profondes et d’éviter que de tels faits se reproduisent dans un proche avenir. Etes-vous prête à pardonner ?

M-H: J’aimerais tant pouvoir pardonner et oublier ! Cependant, quand on est famille de victime, lorsqu’on est la fille d’un homme qui a été froidement assassiné et dont le seul tort est d’avoir été la voix des sans-voix, on a du mal à éprouver de la compassion à l’endroit d’un homme comme Malick Jatta.

Je ne pense pas que le pardon doit être imposé aux victimes ou à leurs familles.
Il ne s’agissait pas de morts intervenues accidentellement, mais  d’attaques commanditées par l’État et qui se sont perpétrées impunément contre toute dissidence. Nous ne pouvons pas oublier que, dans l’affaire de mon père, des directives ont été données par Jammeh lui-même, comme l’a si bien confirmé Malick Jatta. La réconciliation est un élément clé du processus, mais elle doit être nationale et non sélective. Nous devons tous être guéris, mais je suppose que nous en sommes encore au tout début.

ISF: Qu’attendez-vous de la commission et des autorités gambiennes ?           

M-H: Que le travail soit poursuivi. Après les auditions, la Commission fera une recommandation au président Barrow, qui devrait agir en conséquence pour mettre en œuvre ses conclusions en situant les responsabilités.

Propos recueillis par infosansfrontieres.com

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