OPINION : « Pourquoi le journaliste Adama Gaye n’a pas sa place en prison »

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Adama Gaye est en prison pour une et une seule raison. Il représente un énorme facteur de nuisance dans la course engagée contre la distribution de gré à gré de nos ressources pétrolières et gazières. Telle est ma profonde conviction.

 

LES SÉNÉGALAIS DOIVENT SOUTENIR ADAMA GAYE ET GUY MARIUS SAGNA !

 

Adama Gaye est un journaliste de très haut vol doublé d’un Consultant hors pair. Auteur de plusieurs publications, il est l’un des fleurons de notre intelligence commune. Dans un pays normal, ses lauriers et satisfécits décernés appartiendraient à toute la nation.

 

Cette Nation qui en retour, n’éprouverait qu’honneur et fierté au regard des sollicitations de l’un de ses valeureux fils. Malheureusement, nous vivons dans un pays «normal» où on bâillonne les élites et même, les tuer. Beaucoup d’entre nous sommes nés sous l’époque du parti unique, avons grandi sous les stigmates de la colonisation, vieillissons sous un semblant de démocratie et mourrons sans doute sous une dictature rampante pour ne pas dire une tyrannie. Semblant de démocratie et sentiment de tyrannie sont devenues comme nos seules conditions. Ils ont détruit nos esprits et nous ont fait perdre notre sens commun.

 

Avec notre silence complice, les maitres de l’offuscation et les apologètes de la stagnation en ont profité, et tentent de nous convaincre que la servilité est notre meilleur destin. Ils nous menacent et nous couvrent d’insultes, cherchent à nous intimider ou nous brutalisent carrément lorsque nous leur opposons résistance et refus. C’est ce qui est arrivé au Journaliste Adama Gaye, aujourd’hui l’un des plus prestigieux captifs d’un pouvoir qui vient de sortir vainqueur d’une élection à peine contestée. Adama Gaye fera-t-il aussi peur aux intérêts postcoloniaux. Mais, il est bon de rappeler qu’à travers ce mandat de dépôt, la justice ne détient pas que le journaliste et le Consultant, elle détient par là même la Liberté d’expression consacrée par l’article 10 de notre Constitution.

 

Adama Gaye n’est pas seul, même si son nom qui est sur toutes les bouches, fait de lui le preux chevalier qui a osé dénoncer la mainmise de certaines forces obscures sur nos richesses naturelles. Quel Sénégalais n’aurait pas aimé comme Adama, défendre avec force preuves la spoliation des richesses de ce peuple pétri dans les valeurs et vivant dans une extrême misère malgré ce don du Ciel.

 

Plusieurs centaines d’autres – hommes et femmes, tous âges confondus – sont entasses dans ces geôles sordides quand la majorité silencieuse, erre dans les centres urbains à la recherche d’une pitance qui semble avoir déserté la marmite. Beaucoup sont soumis à des traitements cruels, dégradants et inhumains. Il faudra le répéter tant que cela sera nécessaire.

 

Le Journaliste Adama Gaye n’a strictement rien à faire en prison. Le plus vite ils le libèrent, le mieux ce sera pour tous. Sa place est parmi nous, en liberté. Lui et tous les autres. Et, on ne saurait parler de dialogue inclusif véritable avec l’emprisonnement de Guy Marius Sagna, Adama Gaye, Khalifa Sall et tant d’autres sans poser le préalable de la libération inconditionnelle de tous les prisonniers d’opinion et autres activistes. Adama GAYE n’est pas seulement un journaliste. Il est aussi un activiste, un lanceur d’alerte. Certains lui en veulent pour avoir « servi » et continué de servir l’ancien Président Abdoulaye Wade.

 

Heureusement, que ses pourfendeurs ne l’ont pas accusé de diffamation ou divulgation de fausses informations et, à ma connaissance, nul ne lui reproche d’avoir vidé les caisses de l’Etat ou de s’être rendu coupable de quelque crime que ce soit. Ils lui en veulent pour avoir dénoncé tout haut ce que bon nombre de gens Savent mais, n’osent évoquer publiquement, de peur de subir les foudres de la Division des Investigations Criminelles (DIC) ou de la Section des Recherches de la Gendarmerie Nationale.

D’autres lui reprochent de s’être trempé à fonds avec celui qui lui vaut aujourd’hui ce séjour carcéral. Comme son nouveau compagnon d’infortune, Guy Marius Sagna à qui il est reproché son opposition à « l’Expansionnisme » français sur notre économie, ils subiront ensembles les affres de la détention tout en se rendant compte que malgré la légitimité de leurs combats, les Sénégalais pousseront juste des cris d’orfraies sans plus.

 

Guy Marius Sagna et Adama Gaye en prison, un large boulevard ouvert pour le renforcement de la présence française et une nouvelle distribution des ressources naturelles. Le Dialogue National donne sa bénédiction quand les Sénégalais s’interrogent sur l’avenir du pays

 

L’objectif est de manufacturer une distribution à huis-clos, de gré à gré, qu’il s’agira, s’il le faut, faire passer en travers de la gorge des Sénégalais. Selon ce schéma, Adama Gaye et Guy Marius Sagna représentent une énorme nuisance parce que dans des sociétés comme la nôtre et au sein desquelles n’existent ni véritable contre-élite, ni mouvement de la Société Civile rigoureuse, ni contestation conséquente, ni opposition politique responsable, seule une forte administration républicaine sous la forme d’une implosion interne, ou sous la forme d’un refus d’exécution d’ordres manifestement illégaux, pourront empêcher le « génocide » annoncé Adama Gaye dans l’un de ses ultimes posts sur Facebook.

 

Du moins en théorie. Adama Gaye et Guy Marius Sagna sont deux facteurs de nuisance parce qu’en continuant de contester la nouvelle présence française et les signatures de certains contrats pétroliers, ils insistent indirectement pour que l’on remette au centre du débat sur le présent et le futur du Sénégal la GESTION SOBRE ET VERTUEUSE dans les affaires publiques. Or, à l’heure où l’on est, la question de la gestion des finances publiques et l’équité sociale vont de pair et augurent à elles seules, les germes de cette guerre de succession ou du troisième mandat.

 

Idem pour le débat sur la forme de l’Etat, ou même la question de l’appartenance nationale. Pour le reste, la guerre des clans au sein du régime ne cesse de s’intensifier. Sur fonds d’assombrissement de l’horizon local et international. Le blanc-seing dont jouissait la «Mackyie» sur le plan international est en passe de lui être retiré. Il ne peut plus massacrer à huis-clos à cause des énormes investissements de l’Occident. Ceci ne signifie pas que le pouvoir est à genoux.

 

La pression internationale à elle seule ne suffit pas à faire tomber les régimes les plus pervers. Sans une forte mobilisation sociale interne susceptible de les pousser à la faute, de nombreux pouvoirs (Burkina Faso de Blaise Compoaré, Egypte d’Hosni Moubarack, Abdoulaye Wade en 2012, etc.) sont des exemples car, s’ils peuvent résister longtemps aux pressions externes, les sanctions ciblées y compris.

 

De tels répits consécutifs à l’arrestation de Guy Marius et Adama Gaye, souvent, ouvrent la voie à de nouvelles servitudes. Il faudra dénoncer en toute légalité et de façon non-violente, pour en chœur, réclamer leur libération en tant que condition essentielle pour la pacification de l’espace public dans ce pays.

 

Pape Sané

Rédacteur en Chef

Quotidien Source A

Email : paysane@yahoo.com

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